Vos buis dépérissent, les feuilles sont grignotées, des fils blancs les relient : la pyrale du buis s’est installée. Sur Internet, un conseil revient partout : pulvériser du bicarbonate pour stopper les chenilles. Entre photos avant/après et avis enthousiastes, la promesse fait rêver. Mais beaucoup de jardiniers racontent aussi avoir essayé sans succès.
Le réflexe est compréhensible, car le bicarbonate de soude est peu coûteux et déjà présent dans de nombreuses cuisines. En Allemagne, le site spécialisé Mein schöner Garten rapporte d’ailleurs que de nombreux amateurs pulvérisent de la levure chimique, cousine du bicarbonate, sur leurs buis. Reste à savoir si cette pratique repose sur autre chose que quelques coups de chance.
Bicarbonate, levure chimique et pyrale du buis : ce que montrent les essais
Selon Mein schöner Garten, ces jardiniers diluent un sachet de levure chimique dans environ un litre d’eau, puis arrosent copieusement le feuillage, dessus et dessous. Le mélange mousse, dégage du dioxyde de carbone et, en séchant, laisse un léger dépôt collant. Certains affirment que les chenilles en surface cessent alors de manger ou tombent de la plante.
Le même média tempère pourtant nettement cet engouement : « Il n’existe pas, pour la levure chimique, d’effet scientifiquement démontré comme moyen de lutte directe contre la pyrale du buis et, strictement parlant, son usage comme produit phytosanitaire n’est pas autorisé », résume la rédaction. Aucune étude n’a donc vérifié, répété et mesuré cet effet supposé. On reste dans le registre du bricolage empirique, utilisé surtout en prévention ou en tout début d’attaque.
Bicarbonate de soude contre la pyrale du buis : mythe, risques et limites
Plusieurs sites francophones spécialisés sont même encore plus tranchés. Extermination De Nuisibles juge ainsi le bicarbonate contre la pyrale du buis « parfaitement inutile », rappelant qu’il n’a pas d’action insecticide connue. Jardipartage souligne que vinaigre et bicarbonate « ne semblent pas efficaces » sur ce ravageur, tandis que Maisondubricoleur parle d' »aucune efficacité prouvée » et alerte sur un risque de brûlures du feuillage en cas de doses trop fortes.
Sur le terrain, ces réserves s’expliquent facilement. Les chenilles de la pyrale vivent surtout à l’intérieur du buisson, protégées par des toiles serrées, où les pulvérisations pénètrent mal. Quand les feuilles sont déjà réduites à des nervures, elles ne repousseront pas, même si quelques larves supplémentaires meurent. Et des applications répétées de poudres alcalines peuvent stresser des buis déjà affaiblis.
Que faire alors pour protéger ou sauver vos buis attaqués
Pour les jardiniers qui veulent malgré tout tenter le coup au tout début de l’attaque, les recommandations issues des essais restent prudentes. La solution consiste à diluer un sachet de poudre dans environ un litre d’eau, puis à pulvériser par temps doux en visant aussi bien l’extérieur que l’intérieur des rameaux. Le traitement se répète tous les dix à quatorze jours, sans dépasser cinq applications consécutives pour ne pas fragiliser davantage les plantes.
Pour un buis déjà bien infesté, les différentes sources s’accordent à privilégier des moyens plus fiables. Mein schöner Garten cite deux produits autorisés en agriculture biologique contre les chenilles, le Bacillus thuringiensis et l’huile de neem, à pulvériser en couvrant soigneusement tout le feuillage lorsque les jeunes larves sortent, souvent vers la fin avril par temps d’au moins 18 °C, comme le rappelle l’Office fédéral allemand de l’environnement. En France, le ministère de l’Agriculture indique que ces produits phytosanitaires doivent être employés uniquement pour les usages prévus sur l’étiquette portant leur numéro d’autorisation, idéalement après repérage des vols grâce à des pièges à phéromones.