Sans produits chimiques : la méthode étrange du sud de la Californie pour lutter contre les moustiques
Dans le sud de la Californie, on voit apparaître une scène qui déroute les habitants : des agents de santé publique lâchent délibérément des nuées de moustiques mâles dans les rues de quartiers résidentiels. Alors que beaucoup s’attendent à plus de pulvérisations d’insecticides, les autorités misent au contraire sur une approche sans pesticides, à la frontière entre biologie et haute technologie.
Le programme pilote a démarré début juillet à Bassett, dans la San Gabriel Valley, près de Los Angeles. Les autorités promettent moins de piqûres à terme, sans recourir à des produits chimiques, grâce à des moustiques porteurs d’une bactérie naturelle qui empêche la descendance de survivre. Reste à comprendre comment ces insectes supplémentaires peuvent, en théorie, faire disparaître leurs congénères.
À Bassett, un lâcher massif de moustiques mâles stériles sans pesticides
Depuis le 7 juillet 2026, le San Gabriel Valley Mosquito and Vector Control District mène le projet SGV Mosquito Match dans un secteur d’environ 25 acres à Bassett, à la frontière d’Avocado Heights. Cette zone est précisément délimitée par E. Temple Avenue, Millbury Avenue, Moccasin Street et Vineland Avenue. Chaque semaine jusqu’à fin octobre, plus de 30 000 Aedes aegypti mâles y sont libérés, glissés dans le voisinage via de simples tubes en carton.
Les responsables rappellent un point clé : seuls les moustiques femelles piquent et boivent du sang. Les mâles, eux, se nourrissent de nectar. « Les moustiques travaillent pour nous, pas contre nous », explique Jason Farned, porte-parole du San Gabriel Valley Mosquito and Vector Control District. Les premiers résultats ne sont attendus qu’après plusieurs générations, soit au bout de plusieurs semaines, et le Los Angeles Times indique déjà que le comté réfléchit à un éventuel financement pour étendre cette approche si elle s’avère efficace.
Comment fonctionnent les moustiques mâles stériles Wolbachia en Californie du Sud
La méthode utilisée à Bassett s’appuie sur la Sterile Insect Technique (SIT), une stratégie déployée depuis les années 1950 contre certains ravageurs agricoles. Ici, au lieu d’utiliser des rayonnements ou des modifications génétiques, les moustiques mâles reçoivent une bactérie, Wolbachia, naturellement présente chez une grande partie des insectes. Quand ces mâles s’accouplent avec des femelles sauvages qui ne portent pas cette même souche de Wolbachia, les œufs fécondés n’éclosent pas.
Au fil des accouplements « stériles », la population locale d’Aedes aegypti doit diminuer progressivement. Cette espèce, aussi appelée moustique de la fièvre jaune, est invasive en Californie et peut transmettre la dengue, le Zika ou le chikungunya. Plus largement, les moustiques sont capables de propager des maladies comme le paludisme ou le virus du Nil occidental, ce qui explique l’intérêt croissant pour une lutte ciblée qui limite l’usage d’insecticides classiques, souvent accusés de nuire aussi aux abeilles et à d’autres insectes utiles.
Une méthode sans produits chimiques, mais qui demande aussi des gestes à la maison
Les autorités locales mettent en avant le caractère « sans pesticides » de cette approche : les moustiques mâles Wolbachia n’empoisonnent pas leur environnement, ils rendent simplement la reproduction de leurs partenaires inefficace. Les organismes publics rappellent aussi que cette technique est très ciblée, car elle ne concerne qu’une seule espèce. En revanche, le processus reste lent, ne supprime pas tous les moustiques et ne dispense pas des mesures de protection individuelles pendant la saison.
Les habitants gardent donc un rôle central. Les spécialistes rappellent qu’il suffit d’environ sept jours pour qu’une larve devienne moustique adulte, d’où la recommandation d’éliminer l’eau stagnante au moins une fois par semaine : soucoupes de pots de fleurs, seaux, gouttières encrassées, jouets laissés dehors. L’usage de moustiquaires et de répulsifs cutanés reste conseillé pour limiter les piqûres. Des chercheurs, comme ceux du World Mosquito Program, étudient aussi l’idée de donner Wolbachia aux femelles afin que la bactérie bloque les virus à l’intérieur même du moustique. Entre ce type d’innovations et les gestes du quotidien, les prochains étés diront jusqu’où la Californie du Sud peut faire reculer les piqûres sans sortir les pulvérisateurs.