En juin, on observe souvent les hirondelles tourner sous les toits, raser les façades, revenir encore et encore au même endroit… sans qu’un nid solide n’apparaisse vraiment. Avec des printemps plus secs et des canicules précoces, la scène devient courante : les oiseaux ont l’air pressés, mais quelque chose leur manque pour bâtir.
La semaine dernière, le thermomètre est monté jusqu’à 34 °C dans le Tarn, en pleine période de nidification. Et cette météo extrême a tout à voir avec les difficultés actuelles des hirondelles. Pauline Manens, coprésidente de la LPO du Tarn, résume l’effet de ces chaleurs sur les martinets noirs : « Les adultes sont encore en train de couver des œufs ou les œufs viennent à peine d’éclore« , explique Pauline Manens, coprésidente de la LPO du Tarn, à France 3 Occitanie. « Et là, comme le martinet utilise des anfractuosités des bâtiments pour nicher, le risque c’est d’avoir des adultes qui étouffent, qui ont beaucoup trop chaud. Et ils quittent leur site de nidification en laissant soit les œufs sur place, soit en laissant les oisillons encore tout en duvet. » Pour les hirondelles, un autre danger beaucoup plus discret apparaît : la boue disparaît.
En juin, quand la boue disparaît, les hirondelles perdent leur ciment
Le nid d’hirondelle, qu’il soit collé sous un balcon ou niché dans une grange, est une véritable petite maçonnerie : boue argileuse, brins d’herbe, paille, le tout aggloméré par la salive. Les études parlent d’environ 2 000 boulettes de terre pour un seul nid. Or, comme le rappelle Pauline Manens à propos des hirondelles de fenêtre : « Pour construire leur nid, elles vont aller chercher de la boue. Mais si tout est sec, les hirondelles devront en chercher à d’autres endroits pas habituels et se retrouver avec de la terre plutôt sableuse pas adaptée pour construire leurs nids.«
Les flaques qui persistaient autrefois jusqu’au début de l’été sèchent maintenant dès la fin mai. Les sols sont bétonnés, les fossés comblés, les cours goudronnées : la boue colle mal, ou n’existe tout simplement plus à proximité des maisons. Résultat, les nids tiennent moins bien, s’effritent en cours de construction ou s’effondrent sous le poids des jeunes. Ce manque arrive au plus mauvais moment alors que les populations d’hirondelles de fenêtre ont reculé d’environ 39 % depuis 1989 et celles d’hirondelles rustiques d’environ 42 % en France.
Ce qui manque vraiment : une bonne boue et un support accrocheur
Ce qui fait défaut en juin, ce n’est pas seulement de la terre, mais une vraie boue pour les hirondelles : une terre fine et argileuse, qui garde l’humidité et se tient en boule. Les spécialistes conseillent une texture proche d’une pâte à modeler : une petite boulette façonnée à la main doit rester compacte, légèrement collante, sans couler entre les doigts. À l’inverse, une terre trop sableuse se désagrège dès qu’elle sèche et donne des nids friables.
L’autre élément clé, c’est le support. Les hirondelles ont besoin de murs rugueux, de poutres ou d’avancées de toit qui offrent une accroche à leur maçonnerie. Les façades lisses et modernes, lessivées de tout relief, font tomber les nids au moindre orage. Dans les villages comme dans les villes, l’urbanisation a souvent supprimé à la fois les flaques de boue et les recoins adaptés, ce qui complique encore la reproduction de ces insectivores protégés.
Comment leur fournir la boue manquante, du jardin au balcon
La bonne nouvelle, c’est qu’un particulier peut recréer facilement un point de boue. Dans un jardin ou une cour en terre, il suffit de repérer une dépression naturelle et d’y maintenir une flaque en l’arrosant régulièrement en juin. Certains choisissent de creuser un petit trou garni d’une bâche imperméable, rempli de terre argileuse puis humidifié : cette mini « mare à boue » limite l’évaporation et demande moins d’eau. Un petit tas de paille ou de foin posé à côté fournit aux oiseaux les fibres végétales dont ils ont besoin.
En ville, un simple bac à boue peut suffire. Une grande soucoupe de pot de fleurs ou un plateau plastique, rempli de terre argileuse et placé dans une cour intérieure ou sur une terrasse, devient une ressource précieuse si on le garde humide. On le dispose de préférence à l’abri des chats, bien visible depuis le ciel. Pour compléter l’aide, Pauline Manens rappelle un autre geste simple : « Le premier réflexe à avoir lorsqu’on a un jardin ou un balcon, c’est de disposer des abreuvoirs« . Une assiette peu profonde avec quelques centimètres d’eau suffit. En cas d’oiseau déshydraté, les spécialistes conseillent de déposer seulement deux ou trois gouttes sur la pointe du bec, puis de l’acheminer vers un centre de sauvegarde, sans jamais détruire ni déplacer les nids qui restent strictement protégés par la loi.