Un paysagiste exprime sa frustration face à une tendance néfaste qui déferle sur son secteur : « Ce n’est pas censé ressembler à ça ».

Au pied de nombreux arbres, on voit aujourd’hui de beaux cônes de paillis bien tassés, souvent posés par des professionnels. À première vue, cela fait propre, net, presque luxueux. Pour un paysagiste américain, ces monticules esthétiques sont pourtant le symptôme d’une habitude qui condamne les arbres sur le long terme.

Lors d’une simple balade, le paysagiste William Beerman, connu sur TikTok sous le nom @beermantheplantman, est tombé sur plusieurs cas extrêmes. Dans sa vidéo, il pointe un tronc noyé sous le paillis et lâche : « Vous savez quel type d’arbre c’est ? Un arbre mort. Nous [devons] faire mieux. En tant qu’industrie, nous sommes juste là à empiler du paillis sur des choses. Ce n’est pas censé ressembler à ça, » a déclaré William Beerman dans son post TikTok, cité par The Cool Down. De quoi interroger la façon dont nous paillons nos arbres.

Volcan de paillis : une « tendance pro » qui menace les arbres

Le fameux volcan de paillis, ou mulch volcano, se reconnaît tout de suite : un gros tas conique de paillis organique monté directement contre le tronc, parfois sur 20 à 30 cm d’épaisseur. Ce relief artificiel est entretenu année après année. Un internaute a résumé la pratique sous la vidéo de William Beerman : « Les gens empilent juste du paillis année après année sans nettoyer correctement leurs plates-bandes ou les border. » Le créateur lui a répondu : « Je suis d’accord, c’est malheureux. »

Posé correctement, le paillis reste pourtant un excellent allié. Il protège le sol de l’érosion, limite les mauvaises herbes, garde l’humidité et isole des températures extrêmes. Les services de vulgarisation horticole recommandent de l’étaler autour de l’arbre sur 5 à 10 cm de hauteur (2 à 4 pouces), en disque large sous la ramure, tout en laissant un anneau nu d’au moins 15 cm (environ 6 pouces) autour de la base. Le collet, cette zone légèrement élargie où le tronc rejoint les premières racines, doit rester bien visible.

Ce que subit vraiment l’arbre sous un volcan de paillis

À l’inverse, un volcan de paillis cumule les effets délétères. Trop de matière bloque l’échange d’air au niveau du sol et favorise une humidité permanente contre l’écorce. Des organismes pathogènes s’installent, l’écorce et le collet commencent à pourrir. Les racines, privées d’oxygène, s’allongent vers la surface, tournent autour du tronc et finissent par l’étrangler. Les experts décrivent un arbre lentement déshydraté, dont les cellules se détériorent, ce qui empêche l’absorption des nutriments et les échanges gazeux, affaiblit son système immunitaire et le rend vulnérable aux maladies.

Le plus piégeux, c’est le délai. Les services horticoles signalent que ce déclin peut s’étaler sur 5 à 15 ans : pendant longtemps, la cime semble encore verte, puis les branches sèchent, la stabilité de l’arbre se dégrade et la mort paraît « soudaine ». À ce stade, il faut parfois faire abattre le sujet. Des arboristes cités par Realtor.com évoquent des factures allant de 2 000 à 15 000 dollars, soit environ 1 800 à 14 000 € par grand arbre, sans compter la perte d’ombre, de fraîcheur et de valeur paysagère.

Comment corriger un volcan de paillis et pailler comme un pro

La bonne nouvelle, c’est qu’un volcan de paillis récent se corrige assez facilement. Les spécialistes conseillent de dégager délicatement tout ce qui touche le tronc, jusqu’à retrouver le collet et les premières racines apparentes. Le paillis retiré n’est pas perdu : il peut être redistribué en couche fine et régulière, posée à plat autour de l’arbre plutôt qu’empilée au pied.

  • On voit le collet et le départ des racines.
  • Aucun paillis ne touche directement le tronc.
  • Épaisseur de paillis limitée à 5 à 10 cm.
  • Forme « donut » large sous la canopée, jamais en volcan.

Sur un arbre déjà ancien, si l’on découvre des racines qui serrent le tronc ou une écorce très abîmée, les arboristes recommandent de demander l’avis d’un professionnel avant de creuser davantage. Pour le reste du jardin, certaines fondations de conservation rappellent qu’un paillage raisonnable peut aussi s’accompagner d’une pelouse plus naturelle ou d’un sous-bois de vivaces, très favorable aux pollinisateurs. Une manière de s’éloigner des volcans de paillis standardisés qui exaspèrent William Beerman, et de retrouver des arbres réellement en bonne santé.