Vaporiser une infusion de feuilles de laurier sur vos plantes, à quoi ça sert et pourquoi c’est recommandé

Dans bien des cuisines, les vieilles feuilles de laurier finissent à la poubelle dès qu’elles ont un peu perdu de leur parfum. Dommage, car au jardin, ce petit trésor oublié dans le placard peut encore rendre service. Une poignée de feuilles de laurier-sauce sèches suffit à préparer une infusion maison capable de faire reculer un invité beaucoup moins sympathique.

Ce ravageur, ce sont les pucerons, colonies collantes qui se ruent sur rosiers, fèves, jeunes plants de légumes et affaiblissent tout le potager. Or le laurier-sauce, Laurus nobilis, utilisé depuis des siècles comme aromate et en médecine traditionnelle, concentre dans ses feuilles des molécules très odorantes, encore présentes à l’état sec. De quoi regarder d’un autre oeil le fond de votre pot à épices.

Pourquoi la feuille de laurier-sauce sèche dérange les pucerons

D’après les synthèses scientifiques, une feuille de laurier-sauce contient de 0,8 % à 3 % d’huiles essentielles. Ces essences renferment notamment du 1,8-cinéole, aussi appelé eucalyptol, mais aussi du linalol, de l’acétate d’α-terpinyle, du sabinène, du méthyl-eugénol et un peu d’α-pinène. Les chercheurs décrivent pour ces extraits des effets antibactériens, antifongiques, analgésiques ou encore anti-inflammatoires. Au jardin, les jardiniers misent surtout sur leur odeur puissante, qui perturbe ou repousse de petits ravageurs comme les pucerons.

Dans le cadre du biocontrôle, l’INRAE et l’ANSES classent ce type de préparation dans les Préparations Naturelles Peu Préoccupantes, encadrées par l’article L.253-1 du Code rural. Autrement dit, une simple décoction de feuilles de laurier-sauce fait partie des alternatives admises aux insecticides de synthèse. Utilisée en pulvérisation foliaire, elle crée une sorte de brouillard aromatique autour des jeunes pousses, bien moins attractives pour les colonies de pucerons.

Comment préparer une infusion de feuilles de laurier sèches contre les pucerons

Pour un traitement léger ou préventif, il est conseillé de faire infuser environ quatre feuilles de laurier sèches dans un litre d’eau chaude. On verse l’eau frémissante, on couvre, on laisse reposer au moins trois heures, puis on filtre soigneusement. Une fois le liquide refroidi, il suffit de le verser dans un pulvérisateur et de mouiller délicatement le feuillage, en insistant sur l’envers des feuilles où les pucerons se regroupent souvent. Mieux vaut éviter l’ébullition prolongée, qui fait s’échapper une partie des composés volatils.

Quand l’attaque est déjà bien visible, certains jardiniers montent jusqu’à une dizaine de feuilles par litre, toujours en infusion, avant de pulvériser tous les deux ou trois jours et après chaque pluie. D’autres optent pour une décoction plus concentrée autour de 50 g de feuilles sèches par litre, laissée à refroidir puis filtrée. Dans ce cas, un test sur une seule feuille est prudent. On peut ajouter un peu de savon noir, autour de 5 % de la préparation, pour aider la solution à bien adhérer au feuillage.

Au potager, précautions et bons réflexes avec le laurier-sauce sec

En complément des pulvérisations, des jardiniers émiettent quelques feuilles de laurier-sauce au pied des légumes particulièrement convoités, comme les fèves ou certains choux. Ce paillage très léger renforce la barrière olfactive tout en recyclant les feuilles trop cassantes pour la cuisine. Il ne remplace pas les gestes de base : douchette d’eau pour décrocher les pucerons, suppression des tiges trop envahies, et accueil des auxiliaires comme les coccinelles.

La grande vigilance porte sur l’identification. Il ne faut utiliser que du laurier-sauce, Laurus nobilis, et surtout pas le laurier-cerise ni le laurier-rose, deux arbustes ornementaux contenant des substances toxiques comme des hétérosides cyanogènes ou l’oléandrine. Une feuille de laurier-sauce est allongée, coriace, vert foncé, et dégage une odeur agréable quand on la froisse. Le cuisinier Jerry Traunfeld rappelle d’ailleurs que la feuille fraîche est « incomparable… totalement différente du parfum approximatif de la feuille sèche cassante ». Les feuilles très anciennes auront donc un effet plus discret, ce qui justifie d’en réunir plusieurs pour protéger efficacement le potager.