À une quinzaine de kilomètres au nord de Orléans, derrière les champs de Beauce, un portail discret s’ouvre sur un parc de château que beaucoup d’habitants du Loiret ne connaissent même pas. Le parc du château de Chevilly, propriété privée mais ouverte à la visite, cache sur 22 hectares un décor de verdure parfaitement réglé, où chaque allée, chaque mur et chaque arbre semble obéir à une règle invisible.
Car ici, ce qui frappe d’abord, c’est la géométrie presque obsessionnelle d’un véritable jardin à la française. Et cette mise en scène des perspectives prend une autre dimension quand le propriétaire, Didier Bazin de Caix, vous fait littéralement coller l’œil au mur pour dévoiler ce que le visiteur pressé ne verrait jamais.
À Chevilly, un jardin à la française réglé au millimètre
Quand il accueille un groupe, le baron Didier Bazin de Caix commence souvent par un jeu de regard. « Regardez. Regardez, tout s’aligne. Ici, tout est à 90 degrés. Ce bâtiment est/ouest, celui-là nord/sud. À droite, voyez le portail, l’accès sous le pigeonnier. En face, dans l’alignement exact, un autre portail et un autre plus loin. Collez votre œil au mur. Vous voyez ? Le mur est aligné sur la rangée de châtaigniers. Et le mur d’à côté sur la rangée suivante », décrit-il lors des visites.
Cette recherche systématique de l’axe et de l’angle droit reprend tous les codes du « jardin régulier » mentionné par les notices du ministère de la Culture : grandes pelouses centrales, allées rectilignes, bosquets dessinés au cordeau. Les perspectives convergent vers des statues et de grands vases en pierre, dont plusieurs représentent les continents et proviennent de la collection de la reine Amélie du Portugal, installés ici au début du XXe siècle.
Perspectives, potager et bassins : les incontournables du parc du château de Chevilly
Au-delà de la première cour, le regard file sur un vaste tapis de gazon, bordé de buis taillés et rythmé par ces figures allégoriques. Plus loin, une allée de tilleuls longue d’environ 300 mètres prolonge la perspective et ferme l’horizon de part et d’autre, donnant cette impression de couloir végétal typique des grands domaines classiques. L’ensemble est complété par des alignements de châtaigniers et de marronniers qui prolongent les murs et accentuent l’effet de symétrie décrit par le propriétaire.
Sur le côté, le visiteur découvre un potager à la française d’environ 2 hectares, ordonné en carrés réguliers autour d’un bassin circulaire de 15 mètres de diamètre et 2,20 mètres de profondeur. Les sources patrimoniales expliquent que ce bassin sert de réserve d’eau pour un système d’irrigation par gravité, qui alimente les planches cultivées. Le parcours passe aussi devant un pigeonnier et des dépendances du XVIIe siècle, une ancienne glacière et une salle de danse du XVIIIe siècle. Une partie des grands arbres a été replantée après la tempête de 1999, pour préserver au mieux les alignements historiques.
Un parc classé Monument historique, à visiter à 20 minutes d’Orléans
Les archives du ministère de la Culture indiquent que le jardin de Chevilly a pris sa forme actuelle lors de campagnes d’aménagement autour de 1730, puis en 1912, sous la conduite du maître d’œuvre Jamin. Le château et le parc ont été inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 23 février 1965 puis le 19 décembre 1967, ce qui assure la protection de cet ensemble de 22 hectares. Les statues des continents et plusieurs vases en pierre proviennent de la collection de la reine Amélie du Portugal, ce qui renforce encore l’intérêt patrimonial du lieu.
Situé à Chevilly (45520), au nord d’Orléans, le domaine se trouve à environ 15 kilomètres de la ville, soit une vingtaine de minutes en voiture. Les fiches touristiques mentionnent l’Allée de Madame comme adresse d’accès et indiquent une durée de visite moyenne de 40 minutes, souvent sur demande auprès des propriétaires, avec une entrée annoncée comme gratuite sur certaines brochures. Les informations pouvant évoluer pour ce parc privé, les offices de tourisme recommandent de vérifier en amont les périodes d’ouverture, plutôt concentrées entre Pâques et la Toussaint, ainsi que les modalités pratiques avant de franchir les grilles de ce jardin à la française méconnu aux portes d’Orléans.