Dans les montagnes d’El Bierzo, au nord-ouest de l’Espagne, le petit-déjeuner d’Adelina Gómez ne ressemblait guère à celui d’aujourd’hui. Née à Priaranza del Bierzo, cette habitante de 94 ans garde en mémoire une enfance serrée, où la nourriture ne manquait pas toujours, mais ne laissait aucune place au gaspillage.
Quand elle raconte son enfance au projet Territorio Azul, lancé par le Consejo Comarcal del Bierzo pour comprendre la longévité locale, une phrase revient souvent. « S’il n’y avait pas de lait parce que nous n’avions pas la vache qui avait vêlé, nous mangions du bouillon au petit-déjeuner, au déjeuner et au dîner« , se souvient-elle. Une phrase toute simple qui ouvre sur une vie entière.
Une enfance de travail à Priaranza del Bierzo pour Adelina Gómez
Selon le Diario de León, Adelina est née à Priaranza del Bierzo et a commencé à travailler très jeune. Elle a passé une grande partie de sa vie parmi les vaches, dans les champs et à s’occuper de la maison. Elle montait au bois chercher des bûches et des balais, lavait le linge au rio et connaissait par cœur les gestes du bétail.
Pendant un temps, elle a travaillé comme laitière : chaque jour, elle descendait en bicyclette jusqu’à Ponferrada pour vendre le lait, qu’il pleuve ou qu’il fasse grand soleil. La Nueva Crónica rappelle aussi qu’elle a vécu vingt-cinq ans à San Sebastián avant de revenir au pays. Elle estime aussi qu’autrefois on prenait moins de médicaments et que l’alimentation restait très simple, avec davantage de légumes que de viande et beaucoup de produits venant directement de la maison.
Du bouillon matin, midi et soir : une alimentation frugale dans El Bierzo
Sa phrase sur la vache qui n’avait pas vêlé renvoie à une réalité aujourd’hui difficile à imaginer. Sans naissance récente, pas de lait, et donc pas de beurre ni de fromage à table. Dans ces périodes, le menu se résumait à un simple bouillon, servi trois fois par jour. Ce n’était pas un régime à la mode, juste la conséquence directe du cycle des animaux et de ce que la ferme pouvait offrir.
Le témoignage d’Adelina rejoint celui d’autres habitantes âgées du Bierzo, interrogées dans le cadre du même projet. Leónides Abella, 83 ans, qui a grandi dans la vallée d’Ancares, résume : « Nous marchions beaucoup et nous travaillions beaucoup. C’était la vie qui nous était donnée« . Chez elle, la table reposait sur le bouillon, les haricots, les pommes de terre, les châtaignes et les produits de l’abattage du cochon. « Nous avons connu la misère« , résume-t-elle.
Territorio Azul : le village, la santé et la longévité dans El Bierzo
Porté par le Conseil comarcal, Territorio Azul cherche à savoir si El Bierzo pourrait devenir une nouvelle zone bleue, reconnue pour sa proportion de centenaires. Selon InfoBierzo, le projet dispose d’un financement de 150 000 €, complété par 19 000 € de la collectivité. Des entretiens filmés, inscrits dans le programme Bierzo2030 intitulé Histoires de vie, recueillent les souvenirs de ces femmes de plus de 80 ou 90 ans.
Ces récits ne parlent pas seulement de nourriture ou de travail, ils évoquent aussi la force du lien au village. À 82 ans, Esperanza Rodríguez, de Chano, explique ainsi : « Le village signifie santé, soleil, air frais et tranquillité« . Elle garde l’esprit occupé avec des mots croisés, tricote des chaussettes et se souvient des chansons apprises à l’école. Dans d’autres hameaux, des femmes comme Pacita Pacios, 93 ans, continuent de cultiver leur potager, de cuisiner et de faire un peu de gymnastique.