Long, très rapide et hérissé de pattes démesurées : ce « mélange d’araignée et de cloporte » affole en ce moment les habitants de nombreuses maisons européennes. Les photos circulent sur les réseaux sociaux, souvent accompagnées de cris de dégoût et de questions paniquées. On y voit un animal pouvant atteindre une quinzaine de centimètres, qui détale à une vitesse étonnante dès qu’on allume la lumière.
Ce visiteur inattendu n’est pourtant ni une nouvelle espèce venue d’un film d’horreur, ni une araignée mutante. Les biologistes le connaissent bien sous le nom de Spinnenläufer, ou Scutigera coleoptrata. Et si son allure de « mélange d’araignée et de cloporte » impressionne autant, son comportement dans nos maisons réserve une surprise.
Comment reconnaître le Spinnenläufer, ce drôle de centipède à la maison
Le Spinnenläufer est un centipède (groupe des Hundertfüßer, les Chilopoda), et non une araignée. Son corps est fin, jaunâtre à olive, parcouru de trois bandes sombres pouvant tirer vers le bleu ou le vert. Ses pattes, annelées de beige et de noir, sont extrêmement longues par rapport au corps. L’ensemble peut mesurer jusqu’à environ 15 cm de longueur totale, antennes et pattes comprises, ce qui explique l’impression de gigantisme.
Autre signe distinctif : sa vitesse. Des mesures citées par le média allemand t-online indiquent qu’il peut parcourir jusqu’à 40 millimètres par seconde, soit environ 1,5 km/h, ce qui en fait l’un des arthropodes les plus rapides de la maison. Cette allure fulgurante, ajoutée au nombre de pattes, trompe souvent : on le prend pour une araignée géante alors qu’il appartient à une tout autre famille, très éloignée aussi des cloportes.
Un animal impressionnant mais généralement peu dangereux pour l’humain
Comme tous les centipèdes, Scutigera coleoptrata possède des crochets venimeux pour immobiliser ses proies. Les experts interrogés par la radio publique SWR expliquent qu’il peut mordre s’il se sent acculé et ne peut plus fuir. La morsure est décrite comme douloureuse, comparable à une piqûre brûlante, mais son poison est considéré comme pas dangereux pour l’humain en temps normal.
Des réactions locales, comme une rougeur ou un gonflement, restent possibles, surtout chez les personnes allergiques. Les spécialistes recommandent de nettoyer soigneusement la zone, de la surveiller et de consulter un médecin en cas de douleurs persistantes, d’inflammation marquée ou de malaise. La grande majorité des rencontres se passent toutefois sans morsure : l’animal cherche avant tout la fuite.
Pourquoi ce centipède prolifère et pourquoi il peut vous rendre service
Originaire de la région méditerranéenne, le Spinnenläufer s’est peu à peu installé plus au nord. Les observations se multiplient en Allemagne, notamment en Rheinland-Pfalz, Baden-Württemberg, Hessen, mais aussi à Bremen et Berlin. Les articles de t-online et de SWR relient cette progression au réchauffement climatique, qui lui ouvre de nouveaux territoires. Quand la température extérieure descend sous les 16 °C, il se rapproche volontiers des bâtiments chauffés, où il peut vivre toute l’année.
La présence accrue de ce centipède dans les logements s’explique aussi par son menu. Nocturne, il suit ses proies à l’intérieur : mouches, mites et leurs larves, fourmis, petites araignées, blattes, mais aussi poissons d’argent (Silberfischchen), très fréquents dans les pièces humides. Pour les biologistes cités par SWR, le Spinnenläufer fait donc partie des auxiliaires contre les nuisibles domestiques, y compris dans les caves, les salles de bain ou les cuisines.
Face à un Spinnenläufer dans la maison, les experts allemands conseillent généralement de garder son calme, de ne pas le coincer dans un angle et, si sa présence dérange, de l’attraper délicatement pour le déposer dehors, dans un coin abrité du jardin. Une capture douce limite le risque de morsure et lui permet de continuer à chasser d’autres petits insectes. Écraser systématiquement chaque individu prive simplement la maison d’un prédateur naturel.
Cette apparition ne signifie pas forcément que le logement est insalubre, mais plutôt que l’intérieur offre chaleur et recoins un peu humides, propices à ses proies. Réduire l’humidité excessive et boucher fissures et trous aide à limiter ses allées et venues. Et pour les jardiniers qui tolèrent sa silhouette étrange, ce « mélange d’araignée et de cloporte » peut surtout devenir un allié discret dans la régulation des indésirables.