À Denver, dans le quartier très urbain de Central Park, un petit jardin de façade ressemble à première vue à une simple prairie fleurie. En réalité, ce rectangle autrefois couvert de gazon est devenu un véritable aimant à vie : oiseaux, crapauds de l’Ouest, abeilles sauvages, voisins curieux, tout le monde semble faire un détour par chez Beth Lewis. Rien de spectaculaire, pas de bassin sophistiqué ni de volière ; juste une série de choix patients qui ont transformé une pelouse banale en jardin-habitat.
Photographe professionnelle et jeune mère, Beth Lewis a confié le dessin de son jardin à l’entreprise Meadow Pro pour créer une prairie économe en eau et riche en plantes indigènes. Sa démarche naît d’une double prise de conscience : dans l’Ouest américain, chaque goutte compte, et selon les chiffres relayés par son site Our Prairie Garden, il y aurait environ 30 % d’oiseaux en moins qu’en 1970. Le décor paraît très simple, mais il a tout ce qu’il faut pour que la vie s’invite.
Le jardin-habitat de Beth Lewis, une prairie urbaine très vivante
Devant la maison, la pelouse a laissé place à une mosaïque de vivaces et de graminées : allium penché (Allium cernuum), verge d’or rigide (Solidago rigida), échinacées, verveine des prairies, panic érigé… Entre elles, des arbustes comme le physocarpe à feuilles d’obier structurent les saisons et offrent un couvert aux oiseaux. Le terrain étant en pente, Meadow Pro a installé un rain garden, un jardin de pluie composé de trois murettes courbes qui ralentissent le ruissellement et laissent l’eau s’infiltrer.
Ce dispositif protège les plantations, réduit les risques d’inondation de rue et crée une zone fraîche très fréquentée. Denver Botanic Gardens met en avant ce type de jardin de pluie pour filtrer les polluants et offrir un habitat aux oiseaux et aux papillons, et Beth Lewis applique ces principes à l’échelle de son lotissement. Autour, une bande de gazon très résistante pour son chien, quelques pommiers dans la bande de trottoir et des plates-bandes étroites remplies de fleurs complètent ce puzzle pensé pour multiplier les niches écologiques.
Eau, nourriture et abris : le trio gagnant pour oiseaux et crapauds
Au fond du jardin, trois gros rochers de lave encadrent un bloc percé dont l’eau s’écoule en filet vers un réservoir caché et chauffé. Beth Lewis raconte que des crapauds de l’Ouest viennent s’y installer et que de nombreux oiseaux y boivent ou s’y baignent. Pour un lecteur français, la Ligue pour la Protection des Oiseaux rappelle qu’un simple récipient peu profond, rempli d’eau propre et renouvelé chaque jour, peut suffire à attirer la petite faune en deux jours à peine sur un balcon ou un rebord de fenêtre.
Les plantes nourrissent à la fois insectes et oiseaux. Dans son quartier, Beth Lewis laisse en place les tiges sèches de cardère et de tournesol jusqu’au printemps ; ces têtes brunes regorgent de graines pour le chardonneret élégant quand le froid arrive. Les tiges creuses accueillent aussi des abeilles solitaires et d’autres auxiliaires, pendant que la prairie de vivaces fournit nectar, pollen et cachettes. Sous les grosses touffes de graminées, amphibiens et coléoptères trouvent l’ombre et l’humidité qui leur manquent en ville.
Un jardin-habitat qui attire aussi les voisins
Une petite bibliothèque de rue décorée de pollinisateurs, installée au bord du trottoir, invite les passants à s’arrêter. Beth Lewis y dépose des livres sur la nature et résume l’effet produit : « Je suis plus qu’enthousiaste face à la manière dont les gens ont réagi à cette petite bibliothèque ».
Une voisine lui a confié vouloir s’en inspirer après avoir découvert ce jardin-habitat dans un article du New York Times sur les jardins favorables aux oiseaux. Entre foyer extérieur, petit potager et jardin de pluie, cet espace donne des idées bien au-delà du trottoir.