Arroser ses tomates avec une eau légèrement salée, presque comme si l’on apportait un peu de mer au potager : l’idée semble aller à l’encontre de tout ce que l’on entend sur le sel au jardin. Et pourtant, des chercheurs italiens viennent de montrer qu’une telle pratique peut transformer la composition de petits fruits bien connus.
Une équipe de l’Université de Pise a testé, en conditions contrôlées, des tomates cerises arrosées avec une solution contenant un peu d’eau de mer. Selon cette étude publiée à l’automne 2026, l’eau devient alors un véritable ingrédient de qualité. Résultat : des fruits plus petits, mais plus concentrés en composés protecteurs bénéfiques pour le coeur. Reste à comprendre comment ce simple ajout de sel agit sur la plante.
Arroser les tomates à l’eau salée : ce que montre l’étude de l’Université de Pise
Les chercheurs, dirigés par Cristina Sgherri et Riccardo Izzo, ont cultivé le cultivar de tomate cerise Naomi dans des serres expérimentales. Un premier lot a reçu une solution nutritive dont 12 % provenaient d’eau de mer, avec une conductivité d’environ 10 milliSiemens par centimètre. Le témoin était irrigué avec une solution identique, limitée à 4 milliSiemens. Dans la recherche agronomique, une valeur de 4 marque déjà la zone où la croissance et le rendement des tomates commencent à reculer.
Dans ces tomates arrosées à l’eau salée, les analyses ont montré une hausse de plusieurs antioxydants clés : vitamine C, vitamine E, acide lipoïque et acides phénoliques comme l’acide chlorogénique. Des travaux présentés à la Société américaine de chimie font état d’augmentations d’environ 20 % pour les vitamines C et E, 31 % pour l’acide dihydrolipoïque et 15 % pour les acides chlorogéniques, avec une teneur en sucres supérieure d’environ 37 %.
Pourquoi une eau légèrement salée stimule les antioxydants des tomates
Pour expliquer ce phénomène, l’équipe de l’Université de Pise parle d’un stress salin modéré. Le sel dans l’eau d’arrosage rend la vie un peu plus difficile aux racines, ce qui augmente la production de radicaux libres dans la plante. En réponse, la tomate fabrique davantage de composés antioxydants pour se protéger de ces agressions.
Cette situation de léger stress active aussi des mécanismes de concentration : les fruits restent plus petits, mais plus riches en matière sèche. Les travaux de l’équipe montrent toutefois que la variété Gimar ne réagit pas exactement de la même façon. Selon les chercheurs, ces cocktails naturels de vitamine C, de vitamine E, d’acide lipoïque et d’acide chlorogénique peuvent contribuer à limiter les radicaux libres impliqués dans la cataracte, les maladies cardio‑vasculaires et certains cancers, tout en modifiant la saveur des tomates.
Peut-on arroser ses tomates à l’eau salée au jardin sans risque ?
Dans l’étude, les plants poussaient en système fermé, et non en pleine terre familiale. Les auteurs soulignent que l’utilisation d’eau salée impose une grande prudence : un sol trop chargé en sel abîme les microorganismes, modifie l’architecture des racines et rend l’absorption d’eau plus difficile. Les plantes les plus superficielles peuvent alors dépérir.
Pour les régions où l’eau douce manque, les chercheurs voient malgré tout dans l’irrigation à l’eau de mer fortement diluée une piste intéressante. Au potager amateur, la transposition reste délicate : sans appareil pour mesurer la salinité, ni suivi fin de la variété cultivée, le risque de fragiliser ses tomates ou d’appauvrir durablement le sol demeure bien réel.