Le souchet se propage rapidement une fois installé : comment l’empêcher de tout envahir
Au bord des routes de la Manche, Dominique Diaz, conseillère culture au GPLM, repère les touffes vert cru qui pointent dans le sable. Pour elle, pas de doute : le souchet comestible, ou Cyperus esculentus, est là. Elle le décrit comme « une authentique plante de destruction massive » et rappelle qu’il est « considéré comme la 4e peste mondiale ». Dans les champs de carottes et de poireaux, cette vivace fait déjà des ravages.
Les producteurs de la côte ouest ont vu la situation basculer vers 2018. Le souchet s’est mis à coloniser les parcelles à grande vitesse, jusqu’à rendre une dizaine d’hectares totalement incultes. Selon le Sileban, il touche désormais 36 % des surfaces légumières enquêtées du bassin, avec 12,5 % fortement infestées. La bataille se joue très tôt, bien avant que la plante ne paraisse envahissante à l’œil nu.
Pourquoi le souchet explose si vite une fois en place
Le souchet comestible est une herbacée rhizomateuse vivace, originaire de zones subtropicales mais à l’aise sous nos latitudes. Ses tubercules germent dès 10 à 12 °C et supportent jusqu’à -17 °C dans le sol. Un plant peut envoyer des rhizomes jusqu’à environ 40 cm de profondeur, former de nouveaux bulbes basaux, puis toute une toile de tiges souterraines reliées entre elles.
Chaque brin produit des tubercules de la taille d’un petit pois, une cinquantaine environ selon les observations de terrain dans la Manche. Ces réserves peuvent rester viables en moyenne de 3,5 à 6 ans, parfois jusqu’à 7 ans quand elles sont profondes. En l’absence de lutte, FREDON Normandie rappelle qu’une parcelle peut être totalement envahie en un à deux ans. Le système racinaire étouffe alors celui des carottes, poireaux, pommes de terre ou maïs, avec des pertes pouvant atteindre 60 % sur certaines parcelles.
Repérer le souchet tôt et éviter de le disséminer partout
Dans une pelouse ou un jardin, le souchet se repère à sa tige triangulaire (et non ronde comme les graminées), ses feuilles plus raides et brillantes, formant des touffes plus dressées. Les semences existent, mais l’essentiel de la propagation vient des tubercules et rhizomes. Il apprécie les sols légers, sableux, humides et riches en azote : bords de parcelles, passages de roues, secteurs mal drainés.
Les spécialistes de FREDON Normandie et du Sileban insistent sur la prophylaxie, c’est-à-dire tout ce qui évite de transporter des tubercules. Le souchet se coince facilement dans les outils, les pneus, les godets, mais aussi sous les chaussures. Julie Leroy rappelle l’importance de « nettoyer si possible le matériel pour éviter toute nouvelle contamination ». Sur une exploitation, les recommandations clés sont simples :
- Travailler et récolter les parcelles infestées en dernier puis nettoyer les outils au champ.
- Ne pas déplacer de terre, boues de lavage ou résidus de tri vers des parcelles saines.
- Exporter les résidus de sarclage hors champ, sans les déposer sur talus ou chemins.
- Filtrer les effluents de laverie et orienter boues et déchets verts vers compostage ou méthanisation.
Que faire selon le niveau d’infestation de souchet comestible
Face à une plante isolée ou un très petit foyer, la priorité est d’arracher le plus tôt possible, en visant les tubercules. Il faut creuser en profondeur, sortir la motte complète et exporter les débris pour destruction, sans les mettre sur le tas de compost du jardin. Le guide de FREDON Normandie recommande, en cas de nouveau foyer hors zones déjà touchées, de signaler immédiatement la parcelle à FREDON ou au Sileban, et de géoréférencer le point d’infestation pour un suivi.
Quand les foyers sont plus étendus, l’enjeu devient d’empêcher à tout prix la formation de nouveaux tubercules. Le Sileban fixe une règle d’or : intervenir au stade 3 à 4 feuilles, par désherbage mécanique, chimique sélectif ou sarclage manuel, puis répéter à chaque nouvelle levée. Pour des parcelles très touchées, les techniciens préconisent la jachère noire (travaux du sol et désherbage non sélectif répétés pour épuiser le stock) ou des cultures intermédiaires non multiplicatrices comme le maïs ou le sorgho, plus concurrentiels et mieux désherbables. Une jachère verte longue, à base de ray-grass ou de miscanthus, peut aussi limiter les émergences sur cinq à six ans, même si, comme le souligne le guide, aucune méthode ne garantit aujourd’hui un retour complet à une situation indemne.