Un trou pour passer un câble, un coup de pelle de trop, et la vie d’un propriétaire du pays de Vitré a changé. Sous la terre de son jardin, il est tombé sur une cruche en terre cuite bien scellée. À l’intérieur, un véritable trésor : des dizaines de pièces d’argent intactes, noircies par le temps mais parfaitement lisibles, qui allaient bientôt quitter l’ombre du jardin pour la lumière d’une salle des ventes rennaise.
Ce dépôt monétaire exceptionnel, composé de 302 pièces d’argent frappées entre le milieu du XVIe siècle et le début du XVIIe, a été découvert en 2013. Treize ans plus tard, confié à la maison Bretagne Enchères, il a été dispersé lors d’une vente aux enchères à Rennes, place des Lices. Reste une question qui fascine autant les voisins que les collectionneurs : qui a caché ce trésor, et pourquoi ici ?
Trésor de Vitré : une cruche en terre cuite pleine de pièces d’argent
Le propriétaire effectuait de simples travaux dans son jardin quand sa pelle a buté sur ce récipient fermé. En découvrant le contenu, il aurait lâché, un peu sonné : « Ça aurait pu être à un mètre près« , tant le hasard a joué. La cruche, remplie jusqu’au col de monnaies d’argent, a aussitôt été déclarée en mairie, comme l’exige la loi, avant d’être confiée à des experts numismates à Vitré puis à Rennes.
Sur son site, la maison Bretagne Enchères parle d’une « quantité exceptionnelle » pour un dépôt privé. Les 302 pièces sont restées plus de quatre siècles sous terre, puis environ treize ans chez leur découvreur, soigneusement conservées dans leur cruche d’origine. Pour la commissaire-priseur Carole Jézéquel, « ce qui était émouvant, c’est que ça va être transmis à plein de collectionneurs différents. Ça a été protégé par la terre, par sa coque en terre cuite, et aujourd’hui des jeunes et des moins jeunes vont pouvoir avoir un bout d’histoire« .
De Henri II à Henri IV, quatre règnes frappés dans l’argent
Les numismates ont identifié des monnaies allant de 1552 à 1610, soit du règne d’Henri II à celui d’Henri IV, en passant par Charles IX. Sur plusieurs pièces, les profils royaux ressortent encore nettement, malgré leur long séjour sous terre. Certaines ont été frappées tout près de là, à Rennes, dans un atelier monétaire actif à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe.
Un spécialiste décrit la particularité rennaise : « Les pièces de Rennes ont la marque d’atelier. Normalement, c’est une lettre mais Rennes, c’est particulier : c’est un symbole, parce qu’en fin de compte, on est arrivés tard dans le royaume de France, donc il n’y avait plus de lettres pour nous« . Il rappelle aussi le geste technique derrière chaque monnaie : « L’ouvrier faisait les flancs et le monnayeur transformait ce flan en monnaie en frappant avec les coins monétaires qui donnaient une empreinte sur la monnaie« . Un autre numismate évoque le contexte : dépôts cachés au début du XVIIe siècle, à la fin des guerres de Religion, dont les propriétaires ne sont jamais revenus récupérer l’épargne.
Combien valent ces 302 pièces et que faire si l’on trouve un trésor ?
Pour les acheteurs, ce trésor de Vitré offrait tous les niveaux de prix. Selon les catalogues, les mises à prix commençaient autour de 80 à 100 € pour les exemplaires les plus courants, tandis que des pièces rares, comme un quart d’écu frappé à Saint-Lô en 1602, étaient estimées entre 300 et 450 €. Dans la salle de vente rennaise, les enchères montent : « 200, je vends, 200… adjugé 200« , entend-on dans le reportage, signe que certaines monnaies dépassent largement les 200 €.
Pour ce trésor, le propriétaire a suivi la procédure : déclaration en mairie, information de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), qui n’a pas préempté. En droit français, la valeur d’un trésor découvert par hasard se partage en principe entre propriétaire du terrain et découvreur quand il s’agit de personnes différentes.