Les feuilles de rhubarbe ne doivent surtout pas finir au compost, et voilà pourquoi selon un grand jardinier

À chaque saison de récolte, on voit revenir la même mise en garde : certaines feuilles du potager seraient trop toxiques pour finir au compost. C’est le cas des feuilles de rhubarbe, souvent envoyées à la déchetterie pour éviter qu’elles ne « contaminent » le tas. Cette peur s’appuie sur un fait réel : le limbe contient de l’acide oxalique, toxique s’il est avalé en grande quantité. Mais que se passe‑t‑il vraiment dans un composteur ?

Pour Larry Hodgson, auteur québécois du site Jardinier paresseux, le verdict est clair : « Mais cette idée est fausse. » Il parle d’un mythe de jardinage qui circule alors que son père compostait déjà ces feuilles sans problème. Selon lui, la toxicité des feuilles concerne les mammifères qui les mangent, pas les micro‑organismes. Dans un tas actif, l’acide oxalique se dégrade rapidement et la rhubarbe devient une simple matière organique à valoriser.

Feuilles de rhubarbe et compost : ce qui se passe vraiment

Le principal composé toxique des feuilles de rhubarbe est l’acide oxalique. Larry Hodgson rappelle que ce produit naturel est hautement et rapidement décomposable. Les vers de terre hébergent dans leur système digestif des bactéries capables de le détruire, tout comme de nombreux microbes du tas. Quand on laisse les feuilles au sol, elles disparaissent en quelques semaines ; dans un compost bien aéré et équilibré, elles suivent exactement le même chemin.

Le point clé, insiste ce jardinier, est que le compost final ne contient plus d’acide oxalique intact. Les molécules ont été transformées en eau, carbone et nutriments simples. Larry Hodgson explique que les racines des plantes ne peuvent pas absorber l’acide oxalique tel quel ; elles ne prennent que ces éléments de base. Utiliser un compost enrichi en feuilles de rhubarbe ne rend donc ni le sol, ni les légumes, toxiques.

Acide oxalique, chiffres de toxicité et autres feuilles « à problème »

Les chiffres cités par Swissmilk replacent la toxicité de la rhubarbe dans son contexte. Cent grammes de pétioles contiennent environ 0,2 à 0,5 g d’acide oxalique, quand la dose problématique pour un adulte tourne autour de 5 g. Un document de Doc Développement Durable indique qu’une feuille fraîche en contient près de 0,5 % du poids, soit environ 5 kg de feuilles pour atteindre une dose théorique létale chez un adulte de 65 kg.

Larry Hodgson rappelle que de nombreuses plantes plus inquiétantes finissent déjà sur le tas de compost. Les feuilles et tiges de pommes de terre, par exemple, sont toxiques pour l’humain, tout comme la digitale ou l’aconit, et pourtant des générations de jardiniers les ont compostées sans incident. Il cite aussi le noyer, producteur de juglone, dont les feuilles peuvent malgré tout être compostées une fois bien décomposées.

Bien utiliser les feuilles de rhubarbe au jardin au lieu de les jeter

Pour ne plus gaspiller ces feuilles, Uniclima conseille de les couper en morceaux, de les mélanger à des matières brunes (feuilles mortes, paille, carton non imprimé) et de ne pas en ajouter une trop grosse quantité d’un coup. La France Agricole évoque aussi leur usage en paillage temporaire ou en purin répulsif, par exemple 1 kg de feuilles pour 5 à 10 litres d’eau. Tout cela avant de finir, tranquillement, au compost.