Attention au jardin : cette mauvaise herbe discrète vous rend malade – et les gaz d’échappement aggravent le problème
Entre deux touffes de gazon ou au pied d’une mangeoire à oiseaux, une tige verte à feuilles découpées peut passer pour un simple herbage spontané. Elle ne pique pas, ne sent rien de particulier et reste souvent ignorée jusqu’à la fin de l’été. Pourtant, une seule plante peut transformer l’air du quartier en véritable épreuve pour les personnes sensibles.
Cette intruse, c’est l’ambroisie à feuilles d’armoise, Ambrosia artemisiifolia, originaire d’Amérique du Nord et désormais bien installée en Europe. Elle libère un pollen très allergisant, capable de provoquer des réactions violentes chez les adultes comme chez les enfants, surtout en fin de saison. Et près des axes routiers, ses grains de pollen deviennent encore plus agressifs.
Ambroisie : la mauvaise herbe discrète qui fait exploser les allergies
Les médecins décrivent un tableau classique : rhinite, yeux rouges et gonflés, quinte de toux, parfois véritables crises d’asthme, sans oublier fatigue et maux de tête persistants. Selon des chiffres rapportés par ZDFheute en Allemagne, environ cinq pour cent des personnes allergiques réagissent déjà à l’ambroisie, et dans certains foyers comme autour de Nuremberg ce taux grimpe à près de vingt pour cent.
La plante pose problème aussi par son calendrier. Elle fleurit de juillet à octobre, bien plus tard que la plupart des herbacées locales, ce qui prolonge la saison des allergies jusqu’à l’automne. Un seul pied peut émettre jusqu’à un milliard de grains de pollen, légers et portés loin par le vent. Les personnes déjà sensibles au « simple » armoise peuvent subir une double peine, car les réactions se cumulent souvent avec celles à l’ambroisie.
Près des routes, le dioxyde d’azote renforce encore la dangerosité du pollen
L’Observatoire des ambroisies a résumé des travaux menés en chambres climatisées où des plantes ont été exposées à différents niveaux de dioxyde d’azote (NO₂), un gaz issu principalement des gaz d’échappement. À 40 puis 80 parties par milliard, concentrations typiques de l’air urbain pollué, la composition des protéines du pollen a été profondément modifiée : 57 protéines changent de profil, dont cinq allergènes qui deviennent plus abondants.
Les chercheurs ont ensuite mis ce pollen en contact avec des cellules immunitaires de patients allergiques. La réaction contre l’allergène majeur Amb a 1 s’intensifie nettement quand le pollen a été exposé au NO₂. Une étude de terrain en plaine lombarde, relayée par Allergique.org, a retrouvé la même tendance : le pollen récolté le long de routes très fréquentées déclenche des réponses allergiques plus fortes que celui de zones rurales éloignées du trafic. Autrement dit, à proximité des grands axes, chaque grain respire la pollution et agresse davantage l’organisme.
Repérer l’ambroisie au jardin, éviter les mangeoires piégées et l’arracher correctement
Au jardin, l’ambroisie arrive souvent en passagère clandestine avec les mélanges de graines pour oiseaux. Les petits grains contenus dans le fond des sacs peuvent être des semences d’ambroisie ; la réglementation européenne limite leur présence à 50 milligrammes par kilo de nourriture, soit 0,005 pour cent, sans garantie de zéro. Sous les mangeoires, il faut donc surveiller la levée de jeunes plants au printemps. Pour la reconnaître rapidement, quelques repères aident :
- tige verte, souvent rougeâtre à la base, dressée et ramifiée ;
- feuilles très découpées, opposées puis alternées, d’un vert mat sans odeur marquée quand on les froisse ;
- petits épis de fleurs verdâtres en haut de la tige, sans corolle voyante ;
- souvent présente sur sols nus : pied de clôture, allée, bord de route ou zone de nourrissage des oiseaux.
Dès qu’un pied est identifié, la priorité reste de l’arracher avant la floraison, en veillant à extraire toute la racine. Les autorités sanitaires recommandent des gants épais et, si des épis floraux sont déjà visibles, un masque couvrant nez et bouche pour limiter l’inhalation de pollen. Les personnes allergiques ont intérêt à déléguer cette tâche. Les tiges et racines ne doivent jamais finir au compost : les graines peuvent rester viables jusqu’à quarante ans dans le sol. Il faut enfermer la plante dans un sac bien fermé et la jeter avec les ordures ménagères, puis inspecter régulièrement les zones à risque, surtout sous les mangeoires, en mai et juin. Une simple ronde visuelle au printemps peut suffire à éviter des années de pollens agressifs autour de la maison.