Cette famille façonne un arboretum depuis 30 ans et imagine déjà ce qu’il deviendra dans 3 000 ans

À la frontière du Derbyshire et du Leicestershire, en Angleterre, une famille a pris une décision qui dépasse largement une vie humaine. En plantant quelques jeunes arbres sur un ancien champ lourd et argileux, elle a lancé un projet de paysage pensé pour des siècles. Trente ans plus tard, ces premiers gestes ont donné naissance à un arboretum foisonnant, que ses créateurs imaginent déjà dans plusieurs millénaires.

Ce lieu s’appelle Bluebell Arboretum. Robert Vernon et Suzette Vernon l’ont fondé le 11 mars 1992, en achetant six acres de terrain et en célébrant l’événement le jour même par la plantation de deux semis de Sequoiadendron giganteum, hauts d’à peine 10 centimètres. Aujourd’hui, ces séquoias dépassent les 15 mètres et l’arboretum en rassemble plus de soixante-quinze. Pour la famille Vernon, ce n’est pourtant qu’un début : ils pensent déjà à ce que ces géants deviendront dans 3 000 ans.

Bluebell Arboretum : un projet familial né en 1992

Au départ, les six acres se partageaient entre la partie la plus ancienne de l’arboretum et la pépinière qui le fait vivre, Bluebell Nursery, utilisée comme réserve de matériel de bouturage. En 2004, Robert Vernon et Suzette Vernon ont pu acquérir six acres supplémentaires pour étendre les plantations. Ils avaient étudié à l’Hillier Arboretum, dans le Hampshire, l’une des grandes collections britanniques de végétaux ligneux, et n’ont jamais cessé de rechercher arbres et arbustes rares pour enrichir leur terrain.

Le plan du jardin reste volontairement informel. Les nouveaux sujets sont installés quand ils sont prêts à quitter la pépinière, en fonction de la place disponible et des innombrables microclimats que crée ce vallon argileux. Cela a donné une allée de séquoias volontairement irrégulière, ou encore une double rangée de glycines issues de tous les cultivars ayant reçu l’Award of Garden Merit de la Royal Horticultural Society. L’idée reste toujours la même : utiliser arbres et arbustes pour structurer le lieu et renouveler les couleurs au fil des saisons.

À Bluebell Arboretum, une haie de metasequoias pensée pour 3 000 ans

L’une des signatures du site est une haie circulaire de Metasequoia glyptostroboides, conifère caduc longtemps connu seulement à l’état de fossile avant sa redécouverte en 1943 dans la province chinoise du Hubei. Dans la nature, cet arbre peut monter jusqu’à 45 mètres de haut. Les Vernon ont choisi de planter un cercle de jeunes metasequoias puis de les maintenir taillés à environ 1,80 mètre, pour former une haie dense qui, en automne, se teinte d’or et de brun roux.

Ce cercle ne doit rien au hasard. Son diamètre est d’environ 11 mètres, soit 36 pieds, exactement la largeur du tronc du séquoia géant General Sherman dans le parc national de Sequoia, en Californie. Au centre, la famille a planté un jeune Sequoiadendron giganteum qui, dans environ 3 000 ans, pourrait atteindre une circonférence comparable. Cette mise en scène, bien visible sur les images satellites, fait de la clairière un cadran de temps végétal, que plusieurs visiteurs ont déjà cherché à reproduire chez eux.

Collections, saisons et transmission : ce que Bluebell Arboretum inspire aux jardiniers

Pour les visiteurs, l’arboretum est aussi une leçon de composition. Les bouleaux à écorce décorative y côtoient une vaste collection d’érables, de magnolias et de cornouillers florifères, choisis pour offrir quelque chose à regarder toute l’année. Betula utilis ‘Grayswood Ghost’ affiche un blanc presque fantomatique, Acer x conspicuum ‘Phoenix’ combine feuillage jaune et rameaux rouge vif, tandis que l’érable champêtre ‘William Caldwell’ dresse sa silhouette très verticale au détour d’un chemin.

Sur sol argileux, les Vernon utilisent des copeaux de soufre pour rendre le terrain plus accueillant aux camélias et aux feuillus. À propos du magnolia ‘Margaret Helen’, Robert Vernon dit que ses fleurs gelées tombent « comme des sachets de thé usagés ». Après la mort de Suzette Vernon, leur fils Robert poursuit l’ouvrage familial.